En refermant La fatigue d'être soi, j'ai ressenti une lassitude étrange, mais aussi une forme de soulagement. Comme si ce livre venait confirmer quelque chose que je portais en moi depuis longtemps, sans jamais réussir à l'exprimer clairement. Ce n'est pas une tristesse franche, ni une douleur visible, plutôt une fatigue constante, diffuse, qui ne disparaît jamais complètement.
Ce que ce livre m'a fait comprendre, c'est que cette fatigue n'est pas seulement personnelle. Elle vient aussi de ce que l'on attend de nous. Être soi, décider, avancer, réussir, se construire… tout semble reposer sur nos épaules. Et quand on n'y arrive plus, même temporairement, on a l'impression de faillir. Pas de transgresser une règle, mais de ne pas être à la hauteur de soi‑même.
Je me suis reconnue dans cette idée d'épuisement intérieur. Pas celui qui se voit, mais celui qui empêche d'agir, de se projeter, de vouloir. Une fatigue morale qui donne l'impression d'être bloquée, comme si l'élan avait disparu. Ce livre m'a permis de comprendre que cette sensation n'est pas une faiblesse, mais peut être le résultat d'une pression trop forte à devoir se définir sans cesse.
En lisant, j'ai réalisé à quel point on intériorise cette exigence. Personne ne nous ordonne directement d'être performants, mais tout nous y pousse. Et lorsque l'on n'y arrive plus, la culpabilité s'installe. Ehrenberg montre que la dépression moderne n'est pas faite de fautes, mais d'impuissance ressentie. Cette idée m'a profondément touchée, parce qu'elle enlève une part de honte.
Ce journal m'a aussi permis de réfléchir à la manière dont on cache cette fatigue. On continue à fonctionner, à sourire, à faire semblant d'aller bien, alors que quelque chose s'épuise lentement à l'intérieur. Cette invisibilité rend la souffrance encore plus lourde, parce qu'elle n'est pas reconnue.
En terminant ce livre, je n'ai pas trouvé de solution miracle. Mais j'ai trouvé une forme de compréhension. Mettre des mots sur cette fatigue m'a aidée à la regarder autrement, avec plus de douceur. Peut‑être que reconnaître ses limites, ce n'est pas abandonner, mais commencer à se respecter.
Ce soir, j'ai l'impression que ce livre m'a offert une chose essentielle : le droit d'être fatiguée sans me sentir coupable. Et parfois, c'est déjà beaucoup.
Alors, avant nous le droit être fatigué ?
Devrions nous en parler à nos proches ?


